Elle est tombée du ciel, aussi soudainement que dans la chanson de Barbara. Alors je l’ai appelée Barbara.

Je lui ai proposé un petit peu de nourriture, de la viande, qu’elle a acceptée. Elle était immense, jamais je n’en avais vu d’aussi grand. Un aigle de cette envergure, dans notre région, cela m’étonna d’abord, puis je me dis que pour accepter la nourriture à la main, elle devait être apprivoisée. Son bec, énorme me faisait un peu peur, aussi je tenais mon visage à distance. Je n’imaginais pas qu’elle me suivrait jusqu’à la maison, mais je l’espérais tellement fort, que j’entendis comme une réponse dans ma tête : j’ai confiance en toi, je vais te suivre.

Arrivée à la maison, j’étais émerveillée : l’avoir vu dans le ciel était un spectacle qui ne pouvait laisser personne indifférent. Dieu qu’elle était belle.

Une étrange sensation pourtant me poursuivait : j’avais l’impression de "créer " des réponses aux questions que je me posais ! Ma tête était comme "occupée " par un nouveau personnage ! Je me dis que j’étais comme une enfant qui souhaite tellement communiquer avec les animaux, qu’elle prend ses rêves pour des réalités ! Pourtant, Barbara me regardait fixement, et semblait parler dans ma tête !

De la télépathie avec un aigle, vers qu’elle aventure m’entraînait-elle ?

Elle me dit alors qu’elle avait encore faim, qu’elle partait donc chasser, mais qu’elle reviendrait tout à l’heure. Elle pris son envole, et je la vis, dans toute son envergure, planer dans la vallée. Loin de moi, la voix aurait dû cesser, non ? Et bien non, car elle se mit à me décrire la vallée et les arbres, les petits, trop petits oiseaux qu’elle croisait, jusqu’à ce qu’enfin, un lapin lui apparu. Elle piqua à une vitesse folle, et un cri retenti dans la vallée, en même temps que la voix dans ma tête "je l’ai eu ! "

Incroyable. Je restais figée, incapable de bouger. C’était à la foi merveilleux et effrayant. Et si j’inventais tout ça, ça voudrait dire que je reléve de la psychiatrie …Beaucoup de gens entendent des voix, et commettent des horreurs en étant sous leurs ordres…Comment puis-je penser un instant qu’un aigle me parle ?

"Je reviens, tu m’attends ? " Je ne bougeais pas, et je vis Barbara arriver, avec un petit lapin dans ses serres ; Elle se posa sur la balustrade, et commença à déchiqueter le lapin mort…

En la regardant, je me mis à parler tout haut :

 

_ Est-il possible que tu arrives à me dire des choses ?

_Bien sur, de même que j’entends ce que tu penses, je te comprends et je sais l’admiration que tu me portes. J’ai besoin d’un humain pour vivre car je n’ai trouvé aucun aigle comme moi depuis des mois que je plane seule. Je t’ai entendu et compris, tu m’entends et me comprends, nous sommes faites l’une pour l’autre ; tel est notre destin.

Son repas fini elle me fit savoir qu’elle pouvait passer la nuit dans le platane, et qu’on verrait demain ce qu’on pouvait faire ensemble.

Les semaines sont passées comme un jour. Une merveilleuse complicité nous unissait, et nos promenades étaient pour moi une découverte de chaque instant. Tout ce que je ne pouvais pas voir d’en bas, elle me le faisait découvrir : un animal, un objet ; sa vue, plus perçante que les meilleures jumelles me donnait une autre dimension : une dimension aérienne.

Elle me fit comprendre que mes pensées étaient quelques fois trop nombreuses pour qu’elle sache celles qui lui étaient plus précisément destinées et que dans ce cas, il valait mieux que je m’adresse à elle à voix haute, même lorsqu’elle était loin de moi ; cela me donna un peu plus la sensation d’être folle !

Mon entourage commença à se poser des questions sur la présence contante de cet aigle. Je savais que mon secret ne pouvait pas être dit à tout le monde, je choisis donc la personne la plus ouverte d’esprit, mon amie d’enfance. Comme je m’y attendais, elle trouva cela génial, et pas étonnant du tout ! Tu l’aimes, elle t’adore, pourquoi vous ne pourriez pas vous parler ? Oui, mais à ma connaissance, ça n’était jamais arrivé… Et alors ? Elle m’étonnera toujours !

C’est elle qui découvrit quelle était notre voie à Barbara et moi : notre union pouvait être utile, et sauver des vies. Dans la montagne, chaque année, des gens se perdent ; des hélicoptères sont nécessaires à leur recherche, mais il n’y en a jamais assez, et cela coûte très très cher…Barbara et moi nous pourrions nous mettre à disposition des sauveteurs, de toutes façons, je pouvais toujours essayer.

Rejoindre la montagne ne me réjouissais pas ! Je n’aime pas le froid ; et le perchoir que nous avions fait faire pour Barbara prenait une place terrible dans la voiture, sans compter Barbara elle-même ! Notre télépathie lui permis de ne pas avoir peur en voiture, elle savait ou nous allions, et pourquoi. L’idée de rejoindre les hautes montagnes l’excitait beaucoup. De mon coté, je me demandais bien comment j’allais expliquer aux sauveteurs professionnels que je pouvais leur venir en aide ! J’allais passer pour une folle, c’était sur.

Mais c’est Barbara qui me rassurait, me disant qu’elle leur prouverai qu’elle pouvait être utile, et que nous allions sauver des vies, elle en était sure.

Notre installation ne passa pas inaperçu !

Heureusement, Barbara pouvait rejoindre le studio par le balcon, et s’installer sur la rambarde en m’obligeant cependant à laisser la fenêtre ouverte pour se sentir plus proche de moi ! Je gardais donc ma doudoune sur le dos le temps d’installer mes affaires, et parie à la recherche du poste de secours.

Tout alla très vite : je tombais mal, 5 personnes avaient disparues en haute montagne, si je pouvais repasser dans quelques jours, le capitaine pourrai m’accorder un entretien, mais là, franchement, le mieux était que je les laisse travailler. J’ai eu beaucoup de mal à obtenir la direction que les disparus avaient pris, et dont ils étaient sans nouvelles depuis 2 jours, mais une fois le renseignement obtenu, je m’éloignais discrètement.

Nous avions longuement préparé notre travail avant de venir en montagne : j’équipais Barbara de son collier émetteur GPS, et lui indiquait après avoir vérifié sur la carte, la route à suivre. Elle me promit des résultats, je lui demandais surtout une grande prudence.

 

Sur l’ordinateur, je pus suivre son vole, le cœur gonflé d’angoisse. De son coté, elle m’inondait de messages !

_ Que c’est beau cette terre blanche… La chasse y sera facile, je vois déjà des traces de lapin…

_Reste concentré sur ton vole, je t’en prie. Tu as un long vol à faire avant d’atteindre la zone ou les perdus peuvent être.

Le temps paru bien long. Pourtant, je n’en revenais pas d’être tout d’un coup en face du capitaine, détentrice de précieuses informations sur les disparus. Barbara les avait vu, son GPS me donnait la position exacte, il suffisait maintenant d’y envoyer un helico. Mais pour l’explication… dans un premier temps il me paru plus simple de dire que Barbara était munie d’une caméra, et que c’est aux images de sa cam que j’avais repéré les montagnards. Evidement le capitaine demanda à voir les images…J’ai donc ce jour là avoué l’étrange lien qui nous unissait Barbara et moi. Ne pouvant exclure aucune possibilité, le sauveteur me laissa lui résumer notre histoire, et dévia un hélico vers le point que l’ordinateur relié à Barbara nous indiquait. Essayant de me faire discrète, je me suis dirigée vers la fenêtre pour dire, tout haut :

_Barbara, un hélico arrive, éloigne toi maintenant.

_Je peux faire un tour et chasser ?

_Bien sur, mais fait bien attention à toi.

J’avais prévu un lapin pour son repas ce soir, il ne serait probablement pas utile.

Maintenant, il fallait attendre que les sauveteurs soient sur les lieux. Je ne doutais pas, enfin presque pas, de la réussite de la mission, mais je n’étais pas très à mon aise.

On m’avait mise dans une salle d’attente, je buvais un chocolat chaud, quand je capitaine me demanda de les rejoindre. L’hélico venait de transmettre la récupération de 2 montagnards blessés, et demandait la présence d’un autre pour récupérer les autres personnes.

La journée se termina joyeusement, autour d’une table ; le perchoir de Barbara en bout de table. Mes explications ne convainquirent pas toutes les personnes présentes, mais peu m’importait : Barbara et moi avions accomplis notre destin : 5 personnes dormaient au chaud ce soir, et malgré le brouhaha du repas, nous communiquions toutes les deux ; On était bien. Un nouvel avenir s’ouvrait devant nous : à la recherche des personnes disparues.

un rêve fait en l'an 2000...